En exclusivite avec plus d'un mois d'un retard... Le post que j'avais ecrit a chaud le lendemain de la victoire des Springblocks en finale de la coupe du monde de rugby. Video a venir (en cours d'edition)

Ce Samedi 20 Octobre était un jour particulier en Afrique du Sud… C’était en effet la finale de la coupe du monde de rugby. Dépité par les deux défaites successives françaises qui me privaient du plaisir de voir la France batailler avec l’Afrique du Sud en finale et d’affronter les hordes de supporters sud-africains, je troquais la marseillaise pour le « Nkosi sikele li Africa » (hymne sud-africain) et le bleu pour le vert et or.
Toute la semaine, les sud-africains ont attendu la finale avec impatience, assez sûr d’une victoire des « Bokkes » contre des anglais qu’ils avaient écrasé 36-0 dans la phase des poules. Lors de France-Nouvelle Zélande, la majorité des sud-africains avaient rallié le camp français, soulagés d’être débarrassé de la seule équipe qu’ils craignaient. Maintenant que l’épouvantail all-black était écarté, c’était le tapis rouge vers une nouvelle consécration.
Le premier titre mondial pour le rugby sud-africain avait eu une force symbolique incroyable. C’était en 1995, un an après les premières élections démocratiques qui avaient amené Madiba (Nelson Mandela), le père de la nation, au pouvoir. C’était la première fois que l’Afrique du Sud pouvait accueillir une compétition sportive mondiale après les décennies de boycott de la communauté internationale. L’Afrique du Sud était réintégrée dans le rang et pouvait se mesurer au reste du monde dans un sport qui est longtemps resté l’apanage des blancs. Paradoxalement, le rugby était un apport de la colonisation anglaise mais ce sont les Afrikaners et le Boers qui se sont très vite appropriés ce sport (alors qu’afrikaners et anglais s’opposaient beaucoup plus qu’ils n’ont en commun). Le rugby ayant de toute façon toujours eu un statut plus élitiste que le football (à l’opposé du football à la base beaucoup plus populaire), il était en Afrique du Sud aussi le sport de prédilection de la minorité privilégiée.
Ainsi, durant la lutte contre le régime de l’Apartheid, beaucoup de noirs ou de coloureds supportaient les adversaires des Boks par signe d’opposition. C’est pourquoi encore aujourd’hui, il y a un grand nombre de supporters de la Nouvelle-Zélande ou de l’Australie dont le choix était beaucoup plus politique que sportif.
Mais en 1995, tout le monde s’était pourtant rallié derrière l’équipe nationale. Même les townships se mettaient à vibrer pour les Springbocks et, comme un symbole, le chant de la victoire entonné par tout le pays était un chant de libération politique noir : le « Shosholoza ». Comme souvent, le sport venait resserrer le lien national au moment où c’était le plus nécessaire et la victoire venait conforter la thèse que l’Afrique du Sud était une nation miraculée maintenant bénie des Dieux.
Les choses ont certes bien changé depuis, tant en Afrique du Sud que dans le rugby sud-africain. Le rugby n’est plus un sport exclusivement blanc même s’il reste encore très clair… Cela dit beaucoup plus de coloureds et de noirs jouent dans les clubs et prétendent à une sélection nationale. Ce d’ailleurs un symbole que la star de ce mondial était Bryan Habana, un métisse supersonique qui détient déjà le record de meilleur marqueur de l’histoire du rugby sud-africain. L’équipe nationale de rugby est encore très controversée car les questions de discriminations positives y sont aussi soulevées à chaque nouvelle apparition de l’équipe d’Afrique du Sud. Certains joueurs de couleur sont soi-disant pris pour leur taux de mélanine plutôt que pour leur niveau, et c’est aussi le scandale quand des joueurs de couleur performants ne sont pas sélectionnés. Ces controverses régulières ont amené le président Mbeki a dire aux joueurs avant leur départ pour la France « ne vous occupez pas de tout ce qu’on dit et laissez de côté la politique, contentez vous de bien jouer et de ramener le trophée ».
C’est ce que l’Afrique du Sud a fait pendant tout le mondial. Assez constante et avec une défense solide, ils ont réussi à diversifier un peu leur fond de jeu traditionnel (qui est basé sur l’agressivité et l’engagement physique uniquement). Ils ont certes eu de la chance dans leur parcours (plutôt facile) mais ils ont toujours bien géré leurs matchs ce qui les a légitimement amenés en finale.
Hier il y avait dès le matin autant d’euphorie que de chaleur dans l’air. Avec 35 degrés à une heure de l’après-midi, la belle journée se devait de se transformer en grosse soirée. Les gens étaient radieux, on entendait déjà quelques klaxons dans la rue et tout le monde portait les maillots de l’équipe nationale de rugby. Par une si belle journée, des milliers de foyers de barbecue se sont allumés dans Stellenbosch et tout la préchauffe pour le match a duré toute l’après-midi. Autant vous dire que lorsque la nuit tombe, le taux d’excitation et d’alcoolémie est à son comble. Moi j’hésitais vraiment sur l’endroit où regarder la finale. J’avais l’occasion d’aller dans le township de Kayamandi avec mes amis du Youth Group mais ca m’aurait fait une heure de marche aller-retour et j’aurais manqué beaucoup de la fête dans les rues (j’étais aussi certain que les sud-africains d’une victoire des Boks). Je vais finalement dans mon pub favori qui est le lieu de rassemblement des grands moments de sport.
L’hymne sud-africain, qui est en Xhosa, anglais et Afrikaans, est chanté à pleins poumons par tous les supporters dans le bar (beaucoup de blancs). Ca m’émeut à chaque fois. Les drapeaux sud-africains flottent sur la terrasse du bar aménagée en salle de cinéma anarchique quand le coup d’envoi est donné.
Le match est assez fermé, pas d’essais, ca se joue sur les pénalités et c’est l’Afrique du Sud qui prend le dessus.
Le coup de sifflet est intense. Ca fait une semaine que tout le monde l’attendait. Les sud-africains se jettent dans les bras les uns des autres, les gardiens de parking (des noirs qui ont presque un statut de mendiants), venus participer à la fête dans le bar, dansent avec les étudiants blancs. Ca chante, Mbeki est acclamé quand il apparaît à l’écran alors qu’il n’a habituellement pas la côte auprès des jeunes blancs.
Dehors c’est l’euphorie de la victoire. Les pickups remplis de sud-africains défilent avec les drapeaux en hurlant. Ils font des bains de foules. Les gens balancent les voitures et on enlace une poignée d’inconnus dans la rue. Blancs, noirs et métisses.
Comme le mythe de la victoire des bleus en 98 qui avait uni la nation black blanc beur, cette victoire rassemble au-delà des frontières de couleur. C’est assez rare pour rendre heureux mais c’est aussi éphémère qu’un soir de fête.
Ca fait du bien à l’Afrique du Sud de retrouver un climat d’allégresse qui renvoie aux heures les plus glorieuses du pays. Douze ans après 1995 il y avait dans la joie d’hier probablement de la nostalgie de tous les espoirs d’époque. Même si l’Afrique du Sud progresse, il y a encore tant à faire et les pages écrites depuis 1995 ne sont pas forcément à la hauteur des grosses attentes suscitées par la révolution démocratique des années 90.
Malgré tout, le sport est un facteur de rassemblement formidable et ce n’est pas par hasard si le gouvernement sud-africain investit beaucoup d’argent dans ce domaine. La victoire de 98 en France avait donné lieu au plus grand rassemblement populaire depuis la libération de Paris. La victoire d’hier ne doit pas être loin de la ferveur et l’enthousiasme suscités par les grandes victoires politiques des années 90. C’est une des rares fois où toute l’Afrique du Sud a vibré pour une même cause.
Prochain rendez-vous sportif national… la coupe du monde de foot en 2010. Cependant l’équipe des Bafana Bafana va devoir réellement se mettre à niveau pour pouvoir espérer créer une fête de cette ampleur (et elle serait assurément plus grosse que celle d’hier).
Toute la semaine, les sud-africains ont attendu la finale avec impatience, assez sûr d’une victoire des « Bokkes » contre des anglais qu’ils avaient écrasé 36-0 dans la phase des poules. Lors de France-Nouvelle Zélande, la majorité des sud-africains avaient rallié le camp français, soulagés d’être débarrassé de la seule équipe qu’ils craignaient. Maintenant que l’épouvantail all-black était écarté, c’était le tapis rouge vers une nouvelle consécration.
Le premier titre mondial pour le rugby sud-africain avait eu une force symbolique incroyable. C’était en 1995, un an après les premières élections démocratiques qui avaient amené Madiba (Nelson Mandela), le père de la nation, au pouvoir. C’était la première fois que l’Afrique du Sud pouvait accueillir une compétition sportive mondiale après les décennies de boycott de la communauté internationale. L’Afrique du Sud était réintégrée dans le rang et pouvait se mesurer au reste du monde dans un sport qui est longtemps resté l’apanage des blancs. Paradoxalement, le rugby était un apport de la colonisation anglaise mais ce sont les Afrikaners et le Boers qui se sont très vite appropriés ce sport (alors qu’afrikaners et anglais s’opposaient beaucoup plus qu’ils n’ont en commun). Le rugby ayant de toute façon toujours eu un statut plus élitiste que le football (à l’opposé du football à la base beaucoup plus populaire), il était en Afrique du Sud aussi le sport de prédilection de la minorité privilégiée.
Ainsi, durant la lutte contre le régime de l’Apartheid, beaucoup de noirs ou de coloureds supportaient les adversaires des Boks par signe d’opposition. C’est pourquoi encore aujourd’hui, il y a un grand nombre de supporters de la Nouvelle-Zélande ou de l’Australie dont le choix était beaucoup plus politique que sportif.
Mais en 1995, tout le monde s’était pourtant rallié derrière l’équipe nationale. Même les townships se mettaient à vibrer pour les Springbocks et, comme un symbole, le chant de la victoire entonné par tout le pays était un chant de libération politique noir : le « Shosholoza ». Comme souvent, le sport venait resserrer le lien national au moment où c’était le plus nécessaire et la victoire venait conforter la thèse que l’Afrique du Sud était une nation miraculée maintenant bénie des Dieux.
Les choses ont certes bien changé depuis, tant en Afrique du Sud que dans le rugby sud-africain. Le rugby n’est plus un sport exclusivement blanc même s’il reste encore très clair… Cela dit beaucoup plus de coloureds et de noirs jouent dans les clubs et prétendent à une sélection nationale. Ce d’ailleurs un symbole que la star de ce mondial était Bryan Habana, un métisse supersonique qui détient déjà le record de meilleur marqueur de l’histoire du rugby sud-africain. L’équipe nationale de rugby est encore très controversée car les questions de discriminations positives y sont aussi soulevées à chaque nouvelle apparition de l’équipe d’Afrique du Sud. Certains joueurs de couleur sont soi-disant pris pour leur taux de mélanine plutôt que pour leur niveau, et c’est aussi le scandale quand des joueurs de couleur performants ne sont pas sélectionnés. Ces controverses régulières ont amené le président Mbeki a dire aux joueurs avant leur départ pour la France « ne vous occupez pas de tout ce qu’on dit et laissez de côté la politique, contentez vous de bien jouer et de ramener le trophée ».
C’est ce que l’Afrique du Sud a fait pendant tout le mondial. Assez constante et avec une défense solide, ils ont réussi à diversifier un peu leur fond de jeu traditionnel (qui est basé sur l’agressivité et l’engagement physique uniquement). Ils ont certes eu de la chance dans leur parcours (plutôt facile) mais ils ont toujours bien géré leurs matchs ce qui les a légitimement amenés en finale.
Hier il y avait dès le matin autant d’euphorie que de chaleur dans l’air. Avec 35 degrés à une heure de l’après-midi, la belle journée se devait de se transformer en grosse soirée. Les gens étaient radieux, on entendait déjà quelques klaxons dans la rue et tout le monde portait les maillots de l’équipe nationale de rugby. Par une si belle journée, des milliers de foyers de barbecue se sont allumés dans Stellenbosch et tout la préchauffe pour le match a duré toute l’après-midi. Autant vous dire que lorsque la nuit tombe, le taux d’excitation et d’alcoolémie est à son comble. Moi j’hésitais vraiment sur l’endroit où regarder la finale. J’avais l’occasion d’aller dans le township de Kayamandi avec mes amis du Youth Group mais ca m’aurait fait une heure de marche aller-retour et j’aurais manqué beaucoup de la fête dans les rues (j’étais aussi certain que les sud-africains d’une victoire des Boks). Je vais finalement dans mon pub favori qui est le lieu de rassemblement des grands moments de sport.
L’hymne sud-africain, qui est en Xhosa, anglais et Afrikaans, est chanté à pleins poumons par tous les supporters dans le bar (beaucoup de blancs). Ca m’émeut à chaque fois. Les drapeaux sud-africains flottent sur la terrasse du bar aménagée en salle de cinéma anarchique quand le coup d’envoi est donné.
Le match est assez fermé, pas d’essais, ca se joue sur les pénalités et c’est l’Afrique du Sud qui prend le dessus.
Le coup de sifflet est intense. Ca fait une semaine que tout le monde l’attendait. Les sud-africains se jettent dans les bras les uns des autres, les gardiens de parking (des noirs qui ont presque un statut de mendiants), venus participer à la fête dans le bar, dansent avec les étudiants blancs. Ca chante, Mbeki est acclamé quand il apparaît à l’écran alors qu’il n’a habituellement pas la côte auprès des jeunes blancs.
Dehors c’est l’euphorie de la victoire. Les pickups remplis de sud-africains défilent avec les drapeaux en hurlant. Ils font des bains de foules. Les gens balancent les voitures et on enlace une poignée d’inconnus dans la rue. Blancs, noirs et métisses.
Comme le mythe de la victoire des bleus en 98 qui avait uni la nation black blanc beur, cette victoire rassemble au-delà des frontières de couleur. C’est assez rare pour rendre heureux mais c’est aussi éphémère qu’un soir de fête.
Ca fait du bien à l’Afrique du Sud de retrouver un climat d’allégresse qui renvoie aux heures les plus glorieuses du pays. Douze ans après 1995 il y avait dans la joie d’hier probablement de la nostalgie de tous les espoirs d’époque. Même si l’Afrique du Sud progresse, il y a encore tant à faire et les pages écrites depuis 1995 ne sont pas forcément à la hauteur des grosses attentes suscitées par la révolution démocratique des années 90.
Malgré tout, le sport est un facteur de rassemblement formidable et ce n’est pas par hasard si le gouvernement sud-africain investit beaucoup d’argent dans ce domaine. La victoire de 98 en France avait donné lieu au plus grand rassemblement populaire depuis la libération de Paris. La victoire d’hier ne doit pas être loin de la ferveur et l’enthousiasme suscités par les grandes victoires politiques des années 90. C’est une des rares fois où toute l’Afrique du Sud a vibré pour une même cause.
Prochain rendez-vous sportif national… la coupe du monde de foot en 2010. Cependant l’équipe des Bafana Bafana va devoir réellement se mettre à niveau pour pouvoir espérer créer une fête de cette ampleur (et elle serait assurément plus grosse que celle d’hier).








